La force d’un nom
Le nom Bathory –Erzebeth croyait dans sa force comme dans celle d’un talisman extraordinaire- fut illustre depuis les origines de l’Hongrie. Ce n’est pas un hasard si le blason familier arborait les dents du loup, puisque les Bathory étaient cruels, téméraires et luxurieux. Les nombreux mariages entre les membres de la famille contribuèrent, peut-être, à l’apparition de maladies héréditaires : l’épilepsie, la goutte, la luxure. Il est probable qu’Erzebeth fût épileptique, ses crises de possession étant si inespérées comme ses terribles douleurs des yeux et ses migraines (qu’elle conjurait en se posant un pigeon blessé, mais vivant, sur son front).
La famille de la comtesse ne déméritait pas la renomée de son lignage. Son oncle Istvan, par exemple, était si fou qu’il confondait l’été avec l’hiver, se faisant traîner par un traîneau tout au long des sables ardents qui étaient, d’après lui, des chemins enneigés ; ou son cousin Gabor, dont la passion incestueuse fut partagée avec sa sœur. Mais la plus sympathique fut la tante Klara. Elle eut quatre maris (les deux premiers furent assassinés par elle-même) et mourut de sa propre mort de feuilleton : un pacha la captura en compagnie de son amant de service. Le malheureux fut brûlé sur un gril. En quant à Klara, elle fut violée –si on peut employer ce verbe à son sujet- par toute la garnison turque. Mais elle n’en mourut pas. Au contraire, ceux qui l’avaient séquestré –épuisés, peut-être, de la violer- la poignardèrent. Elle avait l’habitude de recueillir ses amants par les chemins d’Hongrie, et cela ne lui déplaisait pas de se jeter sur un lit où, précisément, elle venait d’abattre une pucelle.
Lorsque la comtesse arriva à la quarantaine, les Bathory avaient déjà commencé à s’éteindre et à se consommer à cause de la folie et de nombreuses morts successives. Ils sont devenus presque sensés, en perdant, à cause de cela, l’intérêt qu’ils suscitaient chez Erzebeth. Il faut ajouter que, lorsque la chance se retourna contre elle, les Bathory, bien qu’ils ne l’aidassent pas, ils ne lui reprochèrent rien